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25 novembre 2019

Le journaliste Jean Baptiste Pattier à la rencontre de nos élèves.

Jean Baptiste Pattier est journaliste à France Télévisons et titulaire d’un Master de recherches en Histoire contemporaine. Pour ses travaux, il participe en 2011 au premier colloque international de réflexion en vue du classsement des sites du débarquement au partimoine mondial de l’UNESCO.

Invités dans le cadre d’un projet mené avec le Consulat général de France à Toronto, Jean Baptiste Pattier et Renée Ouimet ont rencontré nos élèves de 1ère spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques.

 

 

Marcel Ouimet : un reporter au coeur de la libération

Né en 1915 à Montréal, Marcel Ouimet fût l’un des rares correspondants de guerre, témoin direct de la seconde guerre mondiale. Il sera d’ailleurs le seul journaliste en langue française à traverser la Manche la nuit du « Jour J » et à débarquer le 6 juin 1944 à Juno Beach, plage de la côte normande.

Un travail de recherches et les centaines de lettres de la correspondance privée entre Marcel Ouimet et son épouse ont permis à J.B. Pattier de nous offrir un point de vue passionnant et nouveau de ce conflit, mêlant à la fois émotion, précision historique et nouvelles perspectives.

« Passed by censor »

En 1943, Marcel Ouimet intègre l’équipe des correspondants de guerre du Canada. Accrédité par le Ministère de la défense du Canada puis par le Chef d’état-major général des Forces armées des États-Unis, Eisenhower en personne, il est incorporé dans l’armée canadienne  avec le grade de Capitaine. Il revêt alors un uniforme militaire identique à celui porté par les autres soldats, à ceci près qu’un microphone, un carnet et un stylo remplacent l’arme de service du fantassin.

Ce privilège implique des règles strictes…

  • Ne dévoiler aucun secret
  • Ne rien écrire qui pourrait démoraliser les troupes
  • Ne pas inquiéter les familles ou les populations civiles.

 

…et un passage systématique par les services de la censure, exercée directement sur le front : censuré parfois, contrôlé toujours !

La correspondance de Marcel Ouimet, bien qu’elle aussi soumise à la censure, laisse entrevoir des interrogations et parfois même des doutes. Jean Baptiste Pattier note une certaine différence de ton entre les lettres et les reportages du journalistes. « Il semble plus libre dans ses lettres que dans ses reportages » nous explique-t-il.

Lorsque par exemple les reportages officiels font état d’une précision mathématiques des bombardements alliés, Marcel Ouimet écrit dans ses lettres privées « C’est terrible ce que nous avons fait, nous les alliés. C’est terrible ces villes normades ravagées par les bombardements« .

Le témoignage de Renée Ouimet, la fille du journaliste

Les moments d’émotions furent nombreux et intenses lors de ces deux heures d’échanges, notamment lors de la projection d’un extrait de reportage filmé sur Marcel Ouimet en présence de sa fille Renée.

Mme Ouimet évoque les souvenirs de son père, ce qu’elle a ressenti en découvrant cette correspondance, la solitude et même la peur que l’on peut parfois y déceler, mais aussi l’amour de son père à l’égard de sa mère.

« Que je t’aime ma grande chérie! Et que je manque nos moments d’abandon complet, quand nous savions oublier toutes les tristesses de ce monde. J’emporte avec moi, après un an, le souvenir encore très vivace de ces heures. Et tout mon être ne cesse de te désirer. […] Je confie toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon amour à cette missive. Sois sûre qu’aujourd’hui, que demain et les jours qui suivront, je ne cesserai pas de beaucoup penser à toi. » Marcel Ouimet à son épouse Jacqueline, écrite le 5 juin 1944, veille du débarquement.

 

Les élèves de Première, captivés par ce témoignage, ont posé de nombreuses questions à Mme Ouimet, puis la séance s’est achevée par une salve nourrie d’applaudissements.

 

Jean Baptiste Pattier et Renée Ouimet, aux élèves et personnels du lycée Claudel

« Nous vous remercions pour votre accueil et votre écoute. Ce fût un plaisir. Nous avons été sensibles à la préparation de l’échange d’hier, c’était un beau moment car vos élèves étaient attentifs, curieux, respectueux, sympathiques, perspicaces. Les qualificatifs positifs ne manquent pas. Renée a été particulièrement touchée par les questions, les remarques et l’émotion des lycéens. 
En toute sincérité, nous avons présenté à plusieurs reprises l’ouvrage, la matinée d’hier nous a beaucoup ému car c’était un vrai temps d’échanges avec un public si réceptif. »

Pour aller plus loin :

Tout au long de l’année et tout au long de leur scolarité, les élèves du lycée Claudel (et plus généralement des lycées français de l’étranger), à travers ces rencontres, se forgent une culture humaniste, ouverte sur le monde.

La qualité des enseignants et des enseignements, les liens étroits tissés avec l’Ambassade de France, font que chaque élève bénéficie d’un contenu académique  solide et d’apports culturels d’une très grande richesse.

Cette culture humaniste contribue à la formation du jugement, du goût et de la sensibilité. Elle ouvre l’esprit à la diversité des situations humaines et invite à la réflexion. En donnant des repères communs pour comprendre, la culture humaniste aide à la formation d’opinions raisonnées et prépare chacun à la construction de sa propre culture. Par la lecture, par les spectacles,  la fréquentation des musées, par la pratique d’une activité culturelle, artistique ou physique, la culture humaniste donne envie d’avoir une vie culturelle personnelle et cultive une attitude de curiosité.